Visibles, Associées aux Décisions et Financées pour un Monde Respectueux Des Règles

Menstrual Health Day 2026

Visibles, Associées aux Décisions et Financées pour un Monde Respectueux Des Règles

Comment faire en sorte que, d’ici 2030, les filles, les femmes et toutes les personnes qui ont leurs règles aient les moyens de gérer dignement leurs menstruations ?

Chaque jour, plus de 1,9 milliard de personnes ont leurs règles. Pourtant, toutes ne rencontrent pas les mêmes difficultés pour les gérer, car leurs réalités sociales, économiques et culturelles, ainsi que leur situation personnelle, varient considérablement. Pour adopter une routine d’hygiène menstruelle adaptée et efficace, une personne ayant ses règles doit avoir accès à l’éducation, à des produits menstruels abordables, à des toilettes sûres et adaptées, ainsi qu’à la reconnaissance du fait que la santé menstruelle est un droit humain.

En Afrique subsaharienne, ces obstacles sont malheureusement profondément ancrés. Non pas faute d’agences ou d’organisations qui travaillent sur le terrain pour faire avancer l’équité menstruelle, mais parce qu’au sein même de la région, les écarts de représentation, de visibilité, de financement et les barrières linguistiques creusent un fossé entre l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone.

Tout d’abord, je tiens à rappeler aux lectrices et aux lecteurs que ces réflexions s’appuient sur mes perspectives, mes observations et mon expérience, après de nombreuses années de travail et de représentation en tant que fondatrice et présidente de Girl Now Woman Later. Je ne saurais dire combien de fois j’ai vu des opportunités limiter les pays francophones à une seule représentation, ou à aucune. Ou encore des formulaires de candidature disponibles uniquement en anglais, ou des réponses indiquant que, pour le moment, la liste des partenaires ou des pays d’intervention était complète, ou limitée, avant de constater que cette prétendue liste ne comptait aucun pays d’Afrique francophone. Voilà ce qui crée des barrières aux partenariats. Il faut aussi rappeler la nécessité de décoloniser l’aide en Afrique subsaharienne, notamment à travers la langue et les réalités économiques.

Ensuite, nul besoin d’analyser les PIB des pays d’Afrique subsaharienne pour savoir que les taux de pauvreté les plus élevés, la forte proportion d’adolescentes et d’adolescents, les conflits et déplacements, ainsi que les infrastructures de santé menstruelle les plus limitées, touchent tout particulièrement l’Afrique francophone. Alors, combien d’organisations d’Afrique francophone siègent dans les grandes coalitions consacrées à la santé menstruelle ? Combien de voix issues d’Afrique francophone prennent la parole lors des conférences mondiales sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR) ? Et même lorsqu’elles sont présentes, y participent-elles comme décideuses ou comme simples observatrices ? On voit aujourd’hui fleurir tant d’« initiatives africaines » ou de « mouvements de coalition ». Pourtant, si l’on visite leurs sites web, on constate que la plupart de leurs documents ou de leurs structures sont principalement disponibles en anglais. On pourrait alors demander : pourquoi les organisations francophones ne créent-elles pas leurs propres coalitions de santé menstruelle ?

Les organisations francophones l’ont bel et bien fait, mais là encore, elles se sont retrouvées bloquées par le sous-financement, parce que la plupart des conférences restent majoritairement en anglais. Ainsi, la difficulté à nouer des liens et à créer un réseau, les réseaux de bailleurs dominés par l’anglais, les portails de subventions en anglais et, plus largement, l’exclusion de cet écosystème limitent la visibilité et les possibilités de financement en raison de la barrière de la langue. Il faut donc poser, discuter et résoudre les questions suivantes : qui reçoit les financements, qui est représenté, quels récits sont mis au centre et qui reste encore de côté dans le mouvement mondial pour la santé menstruelle ?

Enfin, une représentation sans accès n’a pas de portée. D’où la nécessité de transférer davantage de pouvoir aux organisations de terrain en Afrique francophone.

Nous devons regarder en face la dure réalité des inégalités menstruelles en Afrique subsaharienne : une réalité marquée par une stigmatisation persistante, un accès inégal à des produits menstruels abordables, une éducation menstruelle limitée et des filles qui manquent encore l’école à cause de leurs règles. En tant qu’organisation de terrain, Girl Now Woman Later est passée d’une moyenne de 60 filles accueillies par atelier à plus de 130 filles réunies lors d’un seul atelier de santé menstruelle. Grâce à ces efforts, nous avons observé des progrès encourageants, notamment une baisse de l’absentéisme scolaire lié aux menstruations, passé de près d’une fille sur quatre à moins d’une fille sur dix. Depuis 2021, GNWL s’attache aussi à renforcer la confiance des filles dans la gestion de leurs règles à l’école, avec une progression de la confiance en soi et des compétences de vie de 74 % à plus de 90 %. C’est un progrès, et je suis certaine que nous ne sommes pas seules dans cet effort. Toutefois, pour atteindre la vision portée par les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 3 (santé), l’ODD 4 (éducation), l’ODD 5 (égalité entre les sexes) et l’ODD 6 (eau et assainissement), les progrès doivent aller 10 fois plus vite, voire davantage.

Il ne fait aucun doute que le mouvement pour l’équité menstruelle a énormément grandi depuis ses débuts, mais de nombreuses organisations de terrain en Afrique francophone se battent encore pour être visibles, associées aux décisions et financées ! Toutes les organisations, coalitions et structures de terrain qui agissent, militent ou collaborent dans le mouvement pour la santé menstruelle devraient bénéficier des mêmes possibilités, des mêmes ressources et du même accès, non pas en fonction de la langue ou de la situation géographique, mais simplement parce qu’il s’agit d’une cause mondiale, qui ne doit appartenir ni à un groupe particulier ni à un pays. Chaque jour, nous menons toutes et tous le même combat pour un monde plus respectueux des règles, un véritable #PeriodFriendlyWorld!

Bienvenue Konsimbo
Founder Girl Now Woman Later
www.girlnowwomanlater.org

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